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V2 - 9.11.2007
Comité des échecs des Hauts-de-Seine

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Les échecs : un jeu "intelligent" ?

  
Poser la question de savoir si le jeu d’échecs est un jeu intelligent c’est, d’une certaine façon, poser indirectement la question de savoir si il faut être intelligent pour jouer aux échecs et, au-delà, c’est une interrogation sur l’intelligence particulière qui permet de distinguer un joueur moyen d’un très fort joueur ou un Grand Maître.

Avant de proposer une réponse, il ne semble pas inutile de préciser que toute critique sur l’intelligence humaine a pour corollaire obligé une infinité de critiques possibles sur la critique elle-même, tant le domaine est vaste et complexe. C’est donc avec toutes les réserves d’usage que cet avis documenté est proposé.

D’abord, contrairement à une idée assez largement répandue, le jeu d’échecs n’est pas réservé à une élite intellectuelle.

C’est en premier lieu, un jeu de loisir - assez excitant - qui présente un intérêt formateur certain :
  • Attention et concentration
  • Jugement et prospective
  • Imagination et prévoyance
  • Mémoire
  • Volonté de vaincre et maîtrise de soi
  • Esprit de décision
  • Logique mathématique et esprit de synthèse
  • Créativité et organisation méthodique

Inutile donc d’être savant, matheux ou premier de la classe pour s’intéresser et jouer aux échecs, ni même d’avoir accès à un lieu calme et silencieux. Sur ce dernier point, il me vient à l’esprit un exemple tiré de mes souvenirs de jeunesse : je me souviens que je jouais aux échecs, non pas en cours de récréation qui était réservée aux « billes » ou à de folles courses, mais à l’arrière du car qui nous emmenait à la piscine. Le petit échiquier était simplissime avec ses pièces minuscules que nos doigts d’enfant parvenaient à extirper des cases trouées prévues à cet effet (remplacé plus tard par un modèle aimanté rouge et blanc), et les parties se disputaient dans les cris des spectateurs – agités, turbulents, et prodigues en conseils divers souvent saugrenus - et les vrombissements du moteur.

Ce jeu, formateur, loisir par excellence, offre aussi la possibilité aux plus motivés de découvrir la compétition lorsqu’il est pratiqué comme un sport.

Si le « jeu – loisir » ne requiert aucune « intelligence » particulière en ce sens qu’il est manifestement accessible à tous, il en va autrement pour la pratique sportive qui fait appel à toutes les qualités du sportif (respect de l’adversaire, endurance, patience, dépassement de soi, …) et plus particulièrement à la mémoire.

Les plus récentes recherches scientifiques (Scientific American – August 2006) ont permis de déterminer que seules deux grandes qualités sont à l’œuvre chez le joueur d’échecs : le travail assidu et la motivation.
Le travail assidu d’un joueur d’échecs consiste à étudier, analyser et mémoriser des parties ou des phases de jeu. De ce fait – qui est la conclusion scientifique et non pas un postulat - il n’est plus étonnant que la différence entre un faible joueur et un Grand Maître trouve sa plus frappante mise en évidence dans l’image de l’activité cérébrale illustrée par IRM (Image Résonance Magnétique).
Sur l’image ci-dessous (exprimée également avec le diagramme), l’activité cérébrale du Grand Maître est principalement visible dans les lobes frontaux (mémoire longue) à l’inverse du débutant, ce qui suggère que ce dernier analyse des mouvements nouveaux et inconnus (mémoire courte).
















































Alors, me direz-vous, comment expliquer la prolifération de jeunes joueurs prodiges ? Comme, par exemple, le record détenu en 1958 par Bobby Fischer, Grand Maître à 15 ans, récemment battu par le jeune Ukrainien Sergey Karjakan, Grand Maître à 12 ans et 7 mois.

Il semble que la réponse se trouve dans l’aide apportée par le jeu avec/contre les ordinateurs et qui permet à un joueur de disputer facilement et en très grand nombre des parties contre un joueur de niveau Grand Maître.

Il convient de noter que ce n’est pas le temps passé à jouer (qui peut être considérable), mais bien le niveau du jeu rencontré et la volonté de surpasser l’adversaire qui permet de progresser.

En conclusion, il est possible de dire que le jeu d’échecs ne nécessite pas une intelligence particulière, notamment lorsqu’il est pratiqué comme un loisir avec la réserve (de taille dirons certains) que la qualité du jeu varie énormément car l’échelle des valeurs est elle-même très grande. Dans sa pratique sportive (en club et en compétition), l’intelligence en œuvre est liée, outre les qualités nécessaires d’attention, de concentration, de jugement, de prospective, d’imagination, de prévoyance, de volonté de vaincre et de maîtrise de soi, d’esprit de décision, de logique mathématique, d’esprit de synthèse, de créativité, d’organisation méthodique … à la capacité de mémorisation laquelle se développe un peu comme un muscle avec de l’entraînement.

De ce point de vue, les rencontres hommes/machines qui sont observées par les spécialistes comme des tests de la limite de l’intelligence humaine (avec le paradoxe que c’est l’intelligence humaine qui fabrique la machine) laissent logiquement peu d’espoirs au joueur en chaire et en os mais, principalement à mon sens, parce que ce dernier est limité par le temps (temps d’apprentissage, de calcul … et de jeu) et non pas parce que il serait « moins intelligent ».


François Voituron

Décembre 2006